Skripal : 5 mois plus tard, l’absence de preuves contre Moscou n’arrête toujours pas les accusations

Avant même les conclusions de l’enquête et en l’absence de preuves, la pluie d’accusation et de sanctions contre la Russie ont fait de l’affaire Skripal un feuilleton dont la récente déclaration américaine constitue un nouveau rebondissement…

5 mois après l’empoisonnement de l’ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury, les Etats-Unis ont décidé de relancer un feuilleton qui s’était pourtant essoufflé au fil du temps et en l’absence de preuves. L’annonce de sanctions à l’encontre de Moscou de la part de Washington vient réaffirmer la certitude affichée par la diplomatie occidentale de la culpabilité russe dans cette affaire où l’emballement et les accusations précipitées n’ont pourtant débouché sur la révélation d’aucun élément concret.

 

Le 4 mars, l’ancien espion russe âgé d’une soixantaine d’années était retrouvé inanimé, allongé sur un banc dans un centre commercial de la ville de Salisbury, une ville située à une centaine de kilomètres de Londres. A ses côtés, sa fille Youlia, âgée d’une trentaine d’années, gisait également inconsciente. Immédiatement après leur hospitalisation et avant toute conclusion d’enquête, le Royaume-Uni annonçait que le poison utilisé était du Novitchok, dont l’origine russe ne faisait aucun doute selon Londres, et promettait des preuves.

Une phase de condamnations diplomatiques s’en est suivie, malgré quelques réticences plus ou moins affichées de la part de certains Etats européens. Portée par une solidarité européenne précieuse dans le contexte délicat des négociations du Brexit qui isolait son pays, Theresa May avait donné le ton en employant une formule qui devait faire florès dans toutes les chancelleries occidentales par la suite : «hautement probable». Cette seule phrase devait tenir lieu de preuves et suffire à incriminer Moscou de manière indéniable.

Si le Kremlin, quant à lui, niait toute responsabilité dans l’empoisonnement des Skripal, proposant en parallèle sa coopération dans l’enquête (proposition constamment refusée par Londres), les Etats membres de l’UE n’ont pas hésité à prendre des mesures à l’encontre de Moscou. Cette phase de crise diplomatique, l’une des plus violentes depuis la Guerre froide, avait été marquée par des expulsions de diplomates du côté européen, suivies par des mesures de rétorsion côté russe. A ce stade, pourtant, toujours aucune preuve n’était fournie par le Royaume-Uni pour étayer ses accusations, devenues prétexte à des surenchères de tous côtés.

Des démentis et un nouveau rebondissement

Devenue une véritable saga médiatico-diplomatique, l’affaire Skripal n’a toutefois pas tardé à dévoiler ses zones d’ombre, qui venaient très fortement mettre en doute les évidences agitées par l’UE et par Londres, à commencer par celle de l’origine russe du Novitchok. Ainsi, le président de la République tchèque Milos Zeman avait déclaré que son pays avait développé un agent innervant de type Novitchok en petite quantité, alors qu’une enquête journalistique publiée outre-Rhin dévoilait que les services extérieurs allemands avaient eu, eux-aussi, accès au fameux poison, dans les années 1990. Piégé par un canular, le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), avait soutenu que «n’importe quel pays» avait pu produire l’agent innervant utilisé dans l’attaque de Salisbury.

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Après le temps des doutes est venu celui des démentis. Gary Aitkenhead, le directeur général du laboratoire militaire britannique de Porton Down, avait fait savoir à la chaîne britannique Sky News que ses scientifiques étaient incapables d’établir un lien entre les échantillons de la substance utilisée pour attaquer Sergueï et Ioulia Skripal et la Russie. Pourtant, le ministre britannique des Affaires étrangère de l’époque, Boris Johnson, avait assuré que l’origine russe du poison ne faisait aucun doute, puisqu’elle lui avait été confirmée par Porton Down… Depuis, Sergueï Skripal et sa fille, remis sur pied, sont sortis de l’hôpital, ce qui a poussé Vladimir Poutine à s’interroger sur l’exagération de nombreux médias et diplomates quant à la nocivité sans équivalent du prétendu poison russe.

De quoi remettre les pendules à l’heure et faire repartir l’enquête sur des bases saines ? C’était sans compter sur le rebondissement du mois de juillet, lorsque Charlie Rowley, 45 ans, et sa compagne Dawn Sturgess, qui devait succomber quelques temps plus tard, ont été retrouvés inconscients le 30 juin dans une habitation de Muggleton Road, à Amesbury, tout près de Salisbury. La police antiterroriste britannique avait assuré avoir trouvé du Novitchok en bouteille près d’eux…

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à accusations : Boris Johnson avait rapidement jugé que la Russie était également responsable de cette affaire. «La simple réalité est que la Russie a commis une attaque sur le sol britannique, celle-ci a causé la mort d’une citoyenne britannique», a-t-il affirmé. Toujours sans étayer son accusation.

C’est dans ce contexte pour le moins flou que l’annonce de Washington, quelque peu tardive, a eu lieu le 8 août. Sur fond d’accusations sans preuves et d’incohérences, la position américaine ne fait donc pas tache : elle s’inscrit au contraire dans la lignée du discours tenu depuis cinq mois par la diplomatie européenne.

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