Conflit Israël-Iran : pour Nétanyahou, «mieux vaut maintenant que plus tard»

Guillaume Gendron, Correspondant à Tel-Aviv

Alors que la décision de Washington sur le nucléaire iranien est imminente, la rhétorique guerrière monte d’un cran en Israël, où l’on se prépare de plus en plus ouvertement à la confrontation directe avec l’Iran sur le terrain syrien.

Le matin, il grêle ; l’après-midi, le soleil assomme ; le soir le ciel se larde d’éclairs : climat électrique en Israël, épousant parfaitement l’humeur nationale. La source de cette tension ? «Trois problèmes», comme aime à le répéter le ministre la Défense, Avigdor Liberman : «L’Iran, l’Iran et l’Iran.» Aux médias étrangers, les sources militaires chuchotent que les préparations à la «guerre ouverte» sont lancées, pendant que côté politique, on rivalise de déclarations belligérantes. Dimanche, le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, s’est dit «déterminé à arrêter l’agression de l’Iran tant qu’elle est à ses premiers stades, même si cela implique un conflit». Et d’ajouter : «Mieux vaut maintenant que plus tard.»

Sous-estimation

Le terrain de bataille : la Syrie, où Israël entend combattre l’apparente volonté de la République islamique d’établir des bases militaires permanentes. Pour les Gardiens de la révolution, il s’agit d’un retour sur investissement après l’aide fournie à Bachar al-Assad pour se maintenir au pouvoir. Celui-ci est désormais prévenu : «Si Al-Assad continue à laisser les Iraniens opérer sur le sol syrien, il doit savoir qu’il a signé son arrêt de mort : nous renverserons son régime», a menacé lundi Yuval Steinitz, le ministre de l’Energie, membre du cabinet de sécurité.

Surenchère rhétorique ou véritable bruit de bottes ? Difficile à dire, le brouhaha du petit jeu politico-militaro-médiatique recouvrant tout. A chaque jour, son annonce catastrophiste, puis son désamorçage dans l’heure. Dimanche soir, les journaux télévisés annonçaient que l’Etat hébreu se préparait à une salve imminente de missiles sur le nord du pays, tirés depuis la Syrie pour le compte de l’Iran. A la manœuvre, toujours selon le renseignement israélien, des milices chiites et très probablement le Hezbollah, qui n’est plus tenu de jouer profil bas maintenant que les législatives libanaises sont passées. Face à l’effroi provoqué par l’annonce, les officiels israéliens ont distillé le message que ces frappes viseraient certainement des cibles militaires et non civiles, et que le système antimissile Dôme de fer serait à même de les intercepter.

Il n’empêche : l’Iran a promis de se venger «en temps et en lieu» aux récentes frappes aériennes de Tsahal en Syrie, toujours plus hardies et profondes dans le territoire. Non revendiquées formellement, celle du 9 avril, sur la base T-4 près de Palmyre et la dernière, le 29 avril, sur un stock de missiles à Hama, auraient tué à elles deux presque une vingtaine de gradés iraniens. Les analystes estiment que Téhéran attend de connaître le sort qu’a réservé Donald Trump à l’accord sur le nucléaire iranien pour bouger ses pions. La date butoir du Président américain est elle aussi imminente, fixée à ce mardi soir.

Dans les médias, les généraux à la retraite comme les grandes plumes des conflits passés parlent d’une ambiance ressemblant à celle de l’avant-guerre du Kippour : entre sentiment d’impunité tendant à l’hubris et sous-estimation dangereuse de l’adversaire, mélangée à une sensation de multiplication des fronts, de Gaza à la Syrie, semblable à l’avant guerre des Six Jours en 1967.

Cédéroms

L’attitude de Nétanyahou interroge. En une semaine, «Bibi» a montré ses muscles. Il y a d’abord eu les chasseurs F-15 lancés sur Hama, suivis de la présentation grand spectacle sur le programme nucléaire iranien. Si les «révélations» toutes relatives de Nétanyahou n’ont pas fait bouger d’un iota les positions de chaque camp sur l’accord (les Européens continuant à s’ébrouer pour sauver le deal), l’exhibition des archives iraniennes récupérées par le Mossad, copies conformes des classeurs et cédéroms à l’appui, se voulait aussi humiliante que possible pour Téhéran. Dernier coup de menton : Nétanyahou a fait passer aux députés une proposition de loi visant à assouplir la déclaration de guerre. Avec ce nouveau texte, en cas de «situation extrême» plus besoin de l’aval du gouvernement mais seulement du soutien du ministre de la Défense. «[Hassan] Nasrallah [le leader du Hezbollah, ndlr] et les Gardiens de la révolution n’ont pas besoin d’un conseiller juridique ou d’une Cour suprême… Nous devons nous aussi avoir l’option de réagir en temps réel», s’est justifié Liberman face aux critiques.

Dans le quotidien Yediot Aharonot, l’éditorialiste vedette Nahum Barnea posait clairement la question ce week-end, en hébreu et en anglais : «Nétanyahou cherche-t-il la guerre avec l’Iran ?» Longtemps décrit comme un pragmatique accro au statu quo et rétif à la confrontation directe, le Premier ministre fait montre d’une résolution nouvelle. Au-delà d’une situation politique personnelle fragilisée par les affaires qui pourrait le pousser à se draper dans le manteau du «protecteur de la nation», le contexte a changé. Tolérée par la Russie devenue maîtresse du jeu régional, une implantation durable de l’Iran en Syrie se transforme chaque jour un peu plus en «fait du terrain». L’appareil sécuritaire israélien y voit le risque d’un «Liban bis» qui concrétiserait le continuum chiite rêvé par Téhéran jusqu’à la Méditerranée, avec un double front unifié au nord d’Israël. Nétanyahou sera à Moscou mercredi pour aborder la situation avec Vladimir Poutine. Placé en position d’arbitre, ce dernier s’est montré jusqu’ici très réticent à trancher.

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