Le sommet de Varsovie fut l’image d’une OTAN refusant la vérité et préparant la guerre

varsovie
par Karl Müller

Suite à la rencontre des chefs d’États et de gouvernements des États membres de l’OTAN à Varsovie, on constate que les objets mis en avant – tirés de leurs nombreuses décisions et publications – sont le stationnement de 4 bataillons de l’OTAN dans les États baltes et en Pologne, l’«offre» d’un dialogue avec la Russie et les controverses allemandes (mais pas seulement allemandes) concernant le traitement de la Russie.
En lisant avec attention les nombreux documents du sommet, on remarque toutefois d’autres points importants, en particulier:

  • aucune responsabilité n’est endossée par l’OTAN (sensée représenter les hautes valeurs politiques) dans le durcissement du conflit avec la Russie et seul ce pays (qui piétinerait le droit) en serait responsable,
  • la volonté de mener l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, en intégrant encore davantage l’Ukraine et la Géorgie,
  • la décision de se réarmer dans tous les domaines de la vie militaire, mais également civile et de se préparer à de nouvelles guerres,
  • la tentative de faire de l’UE un instrument de l’OTAN, alors même que l’UE porte en son sein l’Autriche, la Finlande et la Suède, pays formellement neutres.

De nombreux documents importants

Les points un et deux sont présentés dans la «Déclaration commune de la commission OTAN-Géorgie au niveau des ministres des Affaires étrangères» du 8 juillet 2016 et encore davantage dans la «Déclaration commune de la commission OTAN-Ukraine au niveau des chefs d’État et de gouvernements» du 9 juillet 2016.
En ce qui concerne le point trois, il s’agit de l’«Engagement de renforcer les forces de résistance» du 8 juillet et de la «Déclaration de Varsovie concernant la sécurité transatlantique» des 8 et 9 juillet 2016.
Quant au point quatre, il est illustré dans l’«Engagement de renforcer les forces de résistance» du 8 juillet et de la «Déclaration commune du président du Conseil européen, du président de la Commission européenne et du secrétaire général de l’OTAN» du 8 juillet 2016, dont le texte n’est pour l’instant disponible qu’en anglais.
On trouve ces textes, et d’autres textes importants, par exemple sur le site du gouvernement fédéral allemand (www.bundesregierung.de, les textes mentionnés ne se trouvant pas sur le site rpfrance-otan.org)

Truismes et arguments fallacieux de l’OTAN

Toute personne intéressée par l’histoire et la politique se trouvera surprise et déconcerté en lisant les truismes et les contenus fallacieux dans les argumentations de l’OTAN. On ne trouve nulle part le moindre mot concernant la réelle politique des États membres de l’OTAN menée au cours des 25 dernières années, aucune mention des propres erreurs commises et des négligences en matière de réarmement, pas un mot pour tenter de comprendre la position de la Russie.
Quand on entend affirmer que la politique russe en Ukraine «compromet les réglementations régissant l’ordre en Europe», on peut se demander ce qu’il s’est réellement passé en Ukraine et quelles sont les «réglementations» qui ont permis à l’OTAN de s’étendre à l’Est jusqu’aux frontières de la Russie, d’établir de nouvelles stratégies après 1990 (l’OTAN renonçant à être une alliance défensive dans l’espace nord-atlantique pour devenir une alliance agressive dans le monde entier). On peut aussi s’interroger quant aux guerres en violations du droit international contre la Yougoslavie en 1999 et la Libye en 2011, la guerre toute aussi illégale en Irak, menées par plusieurs États membres de l’OTAN en 2003, et ainsi de suite, et quel ordre européen est visé de cette manière.

La Russie, un cliché hostile

L’OTAN reproche à la Russie «de poursuivre ses activités agressives en vue de miner la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité de l’Ukraine en violant continuellement le droit international» – et cela «malgré les appels répétés de l’alliance». Par contre, pas un mot concernant la réelle politique ukrainienne des États de l’OTAN: rien sur la participation d’États membres de l’OTAN au coup d’État en Ukraine de février 2014, rien sur leur participation aux actions violentes du nouveau «gouvernement» ukrainien contre l’Ukraine orientale qui s’était permis, au début, de protester pacifiquement, rien sur les tentatives des États membres de l’OTAN de récupérer, à l’aide de commandos ukrainiens, la base maritime russe se trouvant sur la presqu’île de Crimée.
Comment se fait-il que l’OTAN puisse prétendre vouloir engager «des mesures supplémentaires pour renforcer la capacité de dissuasion et de défense contre toutes les menaces possibles», alors que les États membres de l’OTAN dépensent déjà dix fois plus pour l’armée et l’armement que la Russie ou la Chine, sans parler des autres États du monde ? Un tel déséquilibre dans l’armement ne peut logiquement avoir qu’un objectif: transformer le monde à sa volonté et dominer les autres.

Une proposition de dialogue hypocrite

Que signifie la déclaration «Nous souhaitons établir une relation constructive avec la Russie dans la mesure où le comportement de cette dernière le permet», alors que dans un même élan, on assomme la Russie de reproches – autrement dit du point de vue de l’OTAN, il n’existe pas de «relation constructive avec la Russie» tant que l’OTAN n’arrivera pas à mettre la Russie à genoux ou à y fomenter un changement de régime.
Que signifie réellement l’affirmation qu’«une Ukraine indépendante, souveraine et stable, engagée fermement en faveur de la démocratie et l’État de droit, est d’importance centrale pour la sécurité euro-atlantique»? Est-ce la façon actuelle de s’exprimer pour reproduire les affirmations du stratège américain Zbigniev Brzezinski voulant détruire les liens historiques tissés entre la Russie et l’Ukraine, afin de fragiliser à jamais la Russie ?
L’OTAN déclare: «Nous croyons à une Europe pacifique, unie et libre», tout en affirmant dans la phrase suivante vouloir renforcer son influence sur l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie – donc des pays limitrophes de la Russie et traditionnellement liés à la Russie – pour mieux évincer toute influence de la Russie. Comment cela va-t-il ensemble ?

L’OTAN sert d’autres intérêts que ceux des populations

Hannes Hofbauer a démontré dans son nouveau livre «La Russie, un cliché hostile. Histoire d’une diabolisation» (Cf.: Horizons et débats no 15 du 13/7/16) que ce dénigrement de la Russie qu’on rencontre dans l’histoire depuis plusieurs siècles, a été réactivé à partir de l’an 2000, après que le gouvernement russe, sous la direction de son président Vladimir Poutine, ait refusé de laisser les multinationales pétrolières américaines mettre la main sur les ressources énergétiques de la Russie. L’OTAN est aussi un instrument de ces intérêts-là. Et on peut y ajouter encore d’autres intérêts et idéologies. Il est évident que l’OTAN ne peut s’en tenir à la vérité dans de telles circonstances, car elle se dévoilerait. Peut-on compter là dessus ?
Cependant, c’est du devoir de tout un chacun de poser les questions qui dérangent et d’aller au fond des choses. C’est indispensable dans la mesure où l’OTAN mène une politique hautement menaçante pour la vie en Europe. Et c’est bien le cas actuellement.
Il ne peut y avoir de vrai dialogue avec la Russie que dans la mesure où l’OTAN accepte les exigences légitimes et les intérêts de la Russie. Toute autre voie mène vers l’abîme.

Pourquoi l’Allemagne veut-elle obtenir un rôle de direction globale ?

PS: la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» a écrit le 8 juillet 2016 sous le titre «Rôle dans l’OTAN. Du partenaire fiable au meneur» les phrases suivantes: «L’Allemagne se présente au sommet de l’OTAN à Varsovie avec une nouvelle conscience de soi-même. On s’est débarrassé des décennies de retenue politique et militaire. Il s’agit maintenant pour Berlin de participer activement à définir l’ordre mondial.» Le 12 juillet 2016, ce même quotidien présentait un livre, paru en allemand en 2015, de l’Américaine Esther-Julia Howell: «Von den Besiegten lernen? Die kriegsgeschichtliche Kooperation der US- Armee und der ehemaligen Wehrmachts-elite 1945–1961» [Apprendre des vaincus ? La coopération historico-militaire de l’armée des États-Unis et de l’élite de l’ancienne Wehrmacht, 1945–1961]. Ce livre parle notamment de Franz Halder qui fut chef de l’état-major général allemand de 1938 à 1942 et qui avait reçu en 1961 la plus grande distinction civile des États-Unis d’Amérique. Cette distinction lui fut attribuée pour les «services» rendus pendant la guerre froide. Selon le journal, Halder et ses acolytes avaient été «du fait de leur expérience accumulée à l’Est des conseillers appréciés au temps du renforcement de guerre froide, au cours de laquelle, on avait ressorti sans vergogne tous les anciens clichés stéréotypes hostiles. Halder avait connu l’émotion de sa vie lorsque l’armée américaine le pria de publier non seulement ses expériences vécues à l’Est, mais aussi de collaborer au nouveau manuel de guerre pour une éventuelle guerre terrestre contre l’Union soviétique.»

N’y a-t-il pas de quoi nous glacer le sang dans les veines ?

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