La contamination radioactive de la population afghane

Rappel, en Juillet 2017, il est toujours impossible de publier dans la grande presse un article faisant référence à l’utilisation massive par l’armé américaine d’armes utilisant de l’uranium appauvri.

L’article ci-dessous, déjà ancien, est d’autant plus utile.

Pro memoria

Encore un pays utilisé comme champ d’essai pour des bombes anti-bunkers contenant de l’uranium enrichi ou appauvri

Extrait tiré de l’article: Doug Westermann, «L’uranium appauvri, désastre sanitaire pour les Irakiens et les Afghans». Paru dans «Horizons et débats» no 37 de juin 2006.

hd. Après les attaques aériennes massives avec des armes anti-bunkers contre l’Afghanistan en décembre 2001 et en mars 2002, l’Uranium Medical Research Centre (UMRC) [Centre de recherche médical sur l’uranium], dirigé par le professeur Asaf Durakovic, a décidé en mai 2002 d’entreprendre des études de terrain dans la région de guerre à l’est du pays. Durakovic avait fondé le UMRC en 1997 avec des collègues en tant qu’organisation indépendante sans but lucratif. L’objectif était d’entreprendre des recherches scientifiques et surtout médicales sur les effets de l’uranium, d’éléments transuraniens et de radionucléides à la suite de la désintégration de l’uranium et de la fission nucléaire. L’organisation est financée par des dons et des fondations de parents de personnes décédées des suites de l’exposition aux radiations lors d’engagements militaires.
Auparavant, le Dr Asaf Durakovic, professeur de radiologie et de médecine nucléaire, a travaillé 30 ans en Angleterre, au Canada et aux Etats-Unis dans le domaine de la biologie radiologique. C’est un spécialiste reconnu dans tous les secteurs de son domaine. Il a également fait des recherches approfondies des accidents nucléaires aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Ses travaux ont été appréciés par la «Defense Nuclear Agency», centre de recherches de l’Armée américaine.
Depuis 1988, le Pentagone avait engagé le colonel Durakovic en tant qu’expert. Il a entre autre servi comme chef de l’équipe médicalisée des Etats-Unis auprès du «Joint Nuclear Verification Experiment» américano-soviétique en Asie centrale.
En tant que chef du département de médecine nucléaire, financé par le US-«Department of Veterans Affairs» au «Wilmington Vet-Center» à Wilmington, Delaware, on lui a demandé d’examiner les vétérans américains souffrant du syndrome de la guerre du Golfe. Ils avaient été stationnés en Arabie saoudite et avaient dû travailler sur des blindés détruits par des tirs amis, c’est-à-dire par des obus à l’uranium appauvri anti-blindage, tirés par ces mêmes troupes. Après avoir trouvé chez la moitié des anciens soldats de l’uranium appauvri et chez certains même du plutonium dans le corps, on lui recommanda de faire ses recherches dans une autre direction. Comme il n’avait pas l’intention d’abandonner ses analyses, il dut bientôt réaliser la disparition répétée de ses documents et ses échantillons de laboratoire.
En 1997, il fut licencié par le Pentagone sous prétexte qu’on avait plus besoin de lui. C’est alors qu’il continua ses recherches avec des collègues à ses propres frais et fonda l’UMRC. Malgré les chicaneries et les menaces, il continua à s’engager contre la dissimulation des effets catastrophiques des munitions à l’uranium appauvri.

Résultats d’études de terrain en Afghanistan

En mai 2002, le Uranium Medical Research Centre (UMRC) envoya en Afghanistan une équipe pour interroger et examiner des résidents et des personnes déplacées à l’intérieur du pays. Elle commença par identifier plusieurs centaines de personnes souffrant de maladies et de symptômes considérés comme caractéristiques de l’exposition aux radiations.
Pour savoir s’ils étaient bien dus à cette cause, l’equipe récolta des échantillons de sol et d’urine et les analysa dans un laboratoire indépendant en Angleterre.
Elle découvrit que les civils afghans présentaient des symptômes aigus d’intoxication, des symptômes chroniques de contamination interne à l’uranium, y compris des malformations chez les nouveau-nés. Des habitants ont raconté qu’ils avaient vu des nuages de poussière gros et denses ainsi que des panaches de fumée, senti une odeur âcre, ressenti des brûlures des conduits nasaux, de la gorge et des voies respiratoires. Partout les victimes présentaient des symptômes et des chronologies identiques: douleurs aux cervicales, aux épaules, dans la région lombaire, faiblesse articulaire et musculaire, insomnies, maux de tête, troubles de la mémoire et de l’orientation.
Deux autres équipes scientifiques ont été envoyées en Afghanistan. La première est arrivée en juin 2002 et s’est concentrée sur la région de Djalalabad. La seconde, arrivée 4 mois plus tard, a étendu son champ de recherches de manière à inclure Kaboul avec ses près de 3,5 millions d’habitants. La ville elle-même compte le plus grand nombre de cibles fixes enregistré durant l’opération Liberté immuable. Les alentours de trois importants sites bombardés ont été étudiés. On avait fait l’hypothèse qu’on trouverait des traces d’uranium appauvri ou enrichi dans les urines des sujets et dans les échantillons de sol. L’équipe n’était pas préparée à subir le choc des résultats indiquant qu’à Djalalabad comme à Kaboul, l’UA était à l’origine de nombreuses maladies. Les échantillons d’un grand nombre de sujets de Djalalabad présentaient des concentrations de 400 à 2000% plus élevées que la normale, quantités qu’on n’avait encore jamais enregistrées dans les études portant sur des civils.
Les sujets de Kaboul qui avaient été exposés directement aux bombardements de précision américano-britanniques présentaient des symptômes extrêmes de contamination caractéristiques d’une exposition à l’uranium: douleurs articulaires, douleurs lombaires, faiblesse musculaire, troubles de la mémoire, confusion mentale, troubles de l’orientation, etc. Ceux qui avaient été exposés aux bombardements faisaient état de symptômes grippaux, de saignements de nez, d’écoulement nasal abondant, de glaires sanguinolentes.
Combien de ces personnes vont mourir prématurément d’un cancer douloureux? Même les membres de l’équipe se sont plaints de symptômes analogues pendant leur séjour. La plupart de ces symptômes ont persisté plusieurs jours voire plusieurs mois.
En août 2002, l’UMRC a achevé son analyse préliminaire des résultats concernant Nangarhar. Absolument toutes les personnes qui avaient donné un échantillon d’urine furent testées positives à la contamination par l’uranium. Les résultats spécifiques indiquaient un niveau de contamination étonnamment élevé: les concentrations étaient 100 à 400 fois plus élevées que celles observées chez les anciens combattants de la guerre du Golfe testés en 1999. Un des membres de l’équipe a déclaré: «Nous avons pris à la fois des échantillons de sol et des échantillons biologiques et nous avons trouvé une forte radioactivité dans les urines. Ces hautes concentrations nous ont stupéfiés. Elles dépassaient tout ce que nous avions pu imaginer»

Automne 2002: 30% des Afghans interrogés sont contaminés

A l’automne 2002, l’équipe de l’UMRC retourna en Afghanistan pour une étude plus importante qui révéla une contamination probablement plus élevée que celle prévue initialement. Environ 30% des personnes interrogées dans les zones affectées présentaient des symptômes caractéristiques de l’exposition aux radiations. Parmi les sujets malades, il y avait des nouveau-nés. Les anciens des villages déclarèrent que plus de 25% des enfants en bas âge étaient inexplicablement malades.
Quelle est l’étendue de l’exposition aux radiations? Voici un extrait du rapport de l’UMRC:
«L’équipe de l’UMRC a été choquée par l’étendue des effets des bombardements sur la santé publique. Sur absolument tous les sites étudiés, les gens sont malades. Un pourcentage important de la population civile présente des symptômes en rapport avec une contamination interne à l’uranium.»
En Afghanistan, à l’inverse de l’Irak, les résultats du laboratoire de l’UMRC indiquent de hautes concentrations d’uranium non appauvri, concentrations bien plus élevées que chez les victimes irakiennes de l’uranium appauvri. L’Afghanistan a été utilisé comme terrain d’essai d’une nouvelle génération de bombes anti-bunkers («Bunker buster») contenant de fortes concentrations d’autres alliages d’uranium.
«Un pourcentage important de la population civile»? Il semble qu’en poursuivant une poignée de terroristes en Afghanistan, nous ayons intoxiqué un grand nombre de civils innocents, dont un nombre excessivement élevé d’enfants.    •

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