Combat pour «Nord Stream 2»

Eberhard Hamer*

Le 10 avril 2018, le dirigeant ukrainien Poroschenko s’est adressé à Mme Merkel en exigeant qu’elle stoppe la construction du gazoduc «North Stream 2», traversant la mer Baltique de la Russie jusqu’en Allemagne, car ce pipeline «compromettrait le rôle de pays de transit de l’Ukraine pour le gaz naturel russe, réduirait les revenus des droits douaniers de l’Ukraine pour le transit et changerait la position stratégique du pays».
En fait, le gazoduc «North Stream 2», ne traversant plus un territoire étranger mais la mer Baltique, est destiné à garantir l’indépendance de l’approvisionnement en gaz de la Russie vers l’Allemagne. Ainsi, l’Ukraine ne pourra pas arrêter ces livraisons de gaz, ni dicter les prix de transit aux dépens de l’Allemagne. Elle ne pourra pas non plus exploiter illégalement ce gazoduc et la Russie, comme l’Allemagne, sera libérée de sa dépendance à l’égard de l’Ukraine pour ses approvisionnements vitaux en gaz.
Porochenko peut compter sur la Commission européenne qui, suite à sa haine de la Russie, combat «North Stream 2», car elle veut garder comme gage face à la Russie, l’Ukraine comme unique pays de transit.
Et même les Etats-Unis ont décidé d’imposer des sanctions à toutes les entreprises impliquées dans «North Stream 2». Ils sont contre la construction de cette voie d’approvisionnement en gaz, car ils ont eux-mêmes un offre excédentaire dans leur pays, qu’ils veulent vendre liquéfié en Europe et surtout en Allemagne (Cuxhaven).
Heureusement, l’ancien chancelier Schröder est membre du conseil d’administration du projet «North Stream 2» et a jusqu’à présent calmé la lutte politique intérieure contre cet approvisionnement en gaz, indispensable pour l’Allemagne. Cependant, la question de savoir s’il peut résister à la longue à la pression de la politique étrangère de Washington, de Bruxelles, de l’Ukraine et de l’industrie pétrolière et gazière occidentale sera finalement décidée à Berlin.
Néanmoins, malgré les protestations et sanctions américaines, les autorisations internationales pour la pose de l’oléoduc à travers la mer Baltique ont été accordées. Les compagnies impliquées dans l’oléoduc craignent davantage les conséquences du retrait que le boycott américain. Les opposants au gazoduc North Stream se concentrent sur le chantage envers le gouvernement Merkel, pour faire cesser la construction.
Comme toujours, Merkel cède déjà en partie face à cette question. Elle a assuré à Porochenko qu’«un projet ‹North Stream 2›, sans que nous ayons une idée claire de la manière de procéder avec le rôle de transit ukrainien, n’est pas possible à notre avis». Elle est donc prête à mettre fin à la sécurité du gaz qui est vital pour notre économie, si elle peut ainsi maintenir la situation actuelle de chantage de l’Ukraine.
Le but du nouveau gazoduc coûteux «North Stream 2» est justement celui d’empêcher ce chantage de l’Ukraine.
Merkel semble prête à nuire à ses électeurs avec le risque ukrainien de l’approvisionnement en gaz russe et son remplacement par le gaz liquéfié américain plus onéreux.
Une fois de plus, l’administration coloniale berlinoise n’ose pas résister à l’ordre du pouvoir colonial (USA).    •

* Eberhard Hamer est un économiste allemand. Après des études d’économie nationale, de théologie et de droit, il a travaillé en tant qu’avocat dans une entreprise. Il est fondateur du Mittelstandsinstitut Hannover et auteur et éditeur de nombreux livres, entre autre «Visionen 2050. Wohin steuern wir? Trends und Prognosen in Deutschland und Europa» (2016).

(Traduction Horizons et débats)

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