Unis contre le terrorisme, mais sous le patronage de l’ONU

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par Zivadin Jovanovic,

président du «Belgrade Forum for a World of Equals»

Horizons et Débats, 30 novembre 2015

Les 24 et 25 novembre, une conférence scientifique internationale sous le titre «Yalta, Potsdam, Helsinki, Belgrade: à la recherche d’un ordre de sécurité» a eu lieu à Belgrade, capitale serbe. La réunion de scientifiques, de diplomates, de politiciens et de personnalités de la vie publique de plus de 20 pays européens et du monde était consacrée au 70e anniversaire des Conférences de Yalta et de Potsdam (1945). Les organisateurs étaient le Belgrade Forum for a World of Equals et deux organisations russes – le Center of National Glory et le Fund of Saint Andrew. La semaine suivante (les 3 et 4 décembre), Belgrade sera hôte de la Conférence des ministres de l’OSCE. Le but est de faire le bilan des résultats de l’année durant laquelle la Serbie a présidé cette organisation, de célébrer ce jubilé important et de fortifier son rôle pour la paix, la sécurité et la coopération aujourd’hui et demain et de donner au futur un nouvel élan.

Sécurité et stabilité en Europe ne peuvent pas être séparées de celles des régions environnantes et du monde. C’est pourquoi la paix et la stabilité en Europe n’ont pas d’avenir si elles ne sont pas étroitement liées à la paix et la stabilité au Proche-Orient, en Asie, en Afrique du Nord (Maghreb) et en Afrique entière.

Malheureusement, la sécurité et la stabilité dans le monde sont aujourd’hui confrontées à des risques et des menaces croissantes. Le respect et la confiance réciproque entre les puissances se trouvent dans une crise profonde. Certaines puissances se sont elles-mêmes dispensées de l’ordre juridique construit et développé à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Ces puissances ignorent ou éliminent simplement le droit chaque fois qu’il s’oppose à leur expansion impériale. Elles s’en tiennent à la règle «Le pouvoir à toujours raison!» En prenant à la fois le rôle du plus haut arbitre et de l’exécuteur, les centres de puissance sont intervenus militairement partout au monde. La violation des principes fondamentaux du droit international, y compris de la Charte des Nations Unies ou des Accords d’Helsinki et le contournement du Conseil de sécurité de l’ONU depuis les années 1990, sont aujourd’hui à l’ordre du jour. Rappelons que c’est la République fédérale de Yougoslavie qui a été en 1999 la première victime européenne d’une agression militaire de l’OTAN, illégale et sans raisons. On peut constater que cela fut le modèle pour les agressions et interventions militaires ayant suivi en Afghanistan, en Irak, en Somalie, en Libye, au Yémen, au Mali, en Syrie … Nous devons nous demander ce que ces agressions ont apporté aux peuples des Balkans, d’Europe, du Proche- et Moyen-Orient, du Maghreb et du reste de l’Afrique. Et au monde ? A l’ONU et à l’OSCE ? A l’ordre du droit international ? Quel profit tirer de la fragmentation d’Etats viables, de scissions de tribus ou de religions, du chaos, de centaines de milliers de personnes tués, de millions de réfugiés, d’expulsés, d’émigrants? Quels étaient ces dirigeants maîtres de notre destin, ces penseurs «indépendants», philosophes, journalistes, personnes publiques qui croyaient ou croient toujours que le soutien, la défense publique ou la légitimation d’agressions militaires, de coups d’Etats et de déstabilisation d’Etats souverains sont les moyens judicieux pour renforcer les droits de l’homme et promouvoir la démocratie, la liberté et la prospérité ?

Suite à la première guerre de l’OTAN sur terre européenne depuis les Accords de Yalta et de Potsdam, nous sommes témoins d’une nouvelle édition de la vieille stratégie d’une «pression vers l’Est», c’est à dire que les bases militaires américaines poussent comme des champignons près des frontières russes.

En participant en 1999 à l’agression de l’OTAN, l’Europe a participé à la guerre contre elle-même, contre sa propre stabilité. Plus que cela: c’était un tournant qui permit aux pays membres de l’UE à participer à de nombreuses autres guerres impériales et à des coups d’Etat. Malheureusement, l’Europe a participé à la déstabilisation de l’Ukraine et aux sanctions qui – comme celles contre la Russie – étaient contraire à ses propres intérêts.
L’Europe ne peut guère être libérée de la responsabilité de la destruction de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie. Un flux sans précédent de réfugiés et d’immigrants provoque sur le continent un état d’urgence dont l’origine est le manque de responsabilité, de clairvoyance et de faculté d’homme d’Etat des dirigeants de l’UE et de l’OTAN.

Aujourd’hui, l’Europe assume les conséquences de ses propres fautes, désastreuses – d’un comportement risqué. Le degré d’égoïsme et de répugnance des dirigeants de l’UE, de discerner les vraies raisons des problèmes et d’aborder leurs origines – non seulement les conséquences – est surprenant et ne promet guère d’issue positive. Le nombre considérable d’immigrants n’est certainement pas uniquement un problème humanitaire, social et économique. C’est aussi un problème de sécurité. Malgré cela, le problème ne peut être résolu par la mise en place de nouvelles guerres, par des patrouilles massives de policiers et militaires aux frontières, par des centres de réfugiés en forme de camp d’internement du XXIe siècle et en tout cas absolument par l’invocation des principes de Dublin ou par des accords de reprise, un genre de modèle de déportation moderne.

Actuellement le monde pleure les victimes des attaques terroristes effarantes de Paris. Pendant que de partout viennent des témoignages de sincérité et de solidarité envers les familles en deuil et envers la nation française toute entière, un sentiment d’incertitude, d’insécurité et de peur prédomine – Qui sera le prochain? – tel est l’atmosphère. Sans aucun doute le terrorisme est un danger extrêmement sérieux pour la sécurité, la stabilité et la coopération en Europe et dans le monde. Malgré toutes les différentes actions et «succès» dans la lutte contre le terrorisme, il n’a pas diminué, il semble plutôt s’élargir rapidement. Après 2001, des opérations militaires spectaculaires ont peut-être mené à la mort de quelques dirigeants terroristes, ont éventuellement détruit quelques quartiers généraux de terroristes, mais incontestablement sans toucher les bases de l’idéologie du terrorisme et les racines du fléau.

Les appels que le monde doit s’unir dans le combat contre le terrorisme sont logiques, bienvenus et nécessaires, mais pour agir sérieusement et de façon responsable, l’entente doit se faire sous le contrôle de l’ONU, c’est-à-dire du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela exige en outre un consensus concernant la définition du terrorisme, des terroristes et des actes terroristes, excluant les «bons» et les «mauvais», «notre» et «leur» terrorisme, «nos» et «vos» terroristes. Il faut exclure toutes approches du deux poids deux mesures et de l’abus de la lutte contre le terrorisme pour réaliser des buts égoïstes et géopolitiques. Dans la lutte contre le terrorisme, il faut des moyens militaires appropriés et un traitement adapté et une punition efficace des terroristes. Cependant, ce qui manque jusqu’à présent, c’est la compréhension de la complexité du problème profondément enraciné et existant depuis longtemps. Il y a des racines politiques, socio-économiques et religieuses. Pour éliminer les causes, il est à mon avis nécessaire de revenir

  • à des négociations et à des solutions politiques et pacifiques de tous les problèmes à l’aide de compromis, en respectant les intérêts légitimes de tous les partis impliqués, sans préjugés et sans utiliser le principe du deux poids deux mesures, que ce soit en Afghanistan, en Syrie, en Irak ou dans tout autre pays;
  • à stopper le financement, la formation et l’armement de groupes et organisations terroristes;
  • aux mêmes normes universelles pour tout un chacun en ce qui concerne le terrorisme et les terroristes;
  • au respect des principes élémentaires dans les relations internationales telles la liberté de choix de la politique intérieure et extérieure, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, y compris le respect de la souveraineté sur les ressources naturelles et économiques de chaque pays;
  • à un développement socio-économique des pays, dans lesquels le terrorisme et la migration ont leurs origines, dont fait également partie des plans pour la reconstruction, la formation et l’emploi des jeunes générations, notamment dans les régions harassées par la guerre (Proche- et Moyen-Orient, Maghreb, pays subsahariens).

Ne serait-ce pas le moment adéquat pour convoquer une conférence mondiale de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme, avec l’objectif de préparer l’organisation, le mandat et le calendrier pour l’acceptation d’une convention mondiale concernant le terrorisme ?

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